MISSION N°51 – J’AI REPRIS LA COURSE A PIEDS

Alors attention, chez moi, “reprendre le running”, ça ne veut pas du tout dire :
“Tiens, il fait beau, je saute dans mes baskets et je pars courir cheveux au vent, libre, légère, sportive, inspirante.”

Non.

Chez moi, reprendre le running, c’est une opération logistique, un chantier intérieur, un plan Orsec de mon corps de 45 ans.

Parce qu’à 20 ans, tu pars courir avec une brassière, une bouteille d’eau et un peu de mauvaise musique.
À 45 ans, après un enfant, tu pars avec ton vécu et ce qu’il te reste de dignité.

Déjà, il y a toute la partie préparation psychologique. Se convaincre que oui, c’est une bonne idée. Que non, on ne va pas mourir. Que 3 kilomètres, ce n’est pas “une petite remise en route”, c’est désormais un projet ambitieux, quasiment une candidature aux Jeux olympiques dans ma tête.

Ensuite, il y a la préparation physique.
Et là, excusez-moi, mais on ne part pas sans sécuriser le chantier.
Donc : opération périnée.
Opération culotte de règles.
Et même quand je n’ai pas mes règles… bon… je ne vous fais pas un dessin sur l’utilité stratégique du dispositif. Les femmes qui savent, savent.

À ça s’ajoute un petit bonus que la vie m’a gentiment offert récemment : l’asthme d’effort. Magnifique invention.
Maintenant, à partir de la troisième petite foulée, on dirait que je tente l’ascension du Mont Blanc en tongs.
Donc hop, protocole : petit coup de Ventoline 20 minutes avant, histoire d’éviter de tomber en syncope avant même d’avoir croisé le premier cocotier.

Évidemment, ici, il fait chaud. Très chaud.
Dans nos îles, courir sans eau, ce n’est pas du sport, c’est une tentative d’évaporation.Donc il faut de l’eau.
Et moi, il me faut aussi de la musique. C’est non négociable.
Déjà que courir m’ennuie profondément, alors courir sans musique, c’est carrément une forme de détention. J’ai besoin d’un minimum de rythme dans les oreilles pour faire croire à mon cerveau qu’on est dans un clip, alors qu’en réalité on est juste en train de transpirer sa dignité sur le bord de la route.

Me voilà donc partie équipée, périnée verrouillé, musique au taquet.
Mode : je n’ai pas couru depuis mille ans. Objectif : 3 kilomètres.
Dans ma tête : l’Everest absolu.
Mais avec un challenge très simple, très clair, très ambitieux lui aussi : ne pas s’arrêter avant la fin.

Je commence à courir.
Première musique.
Et là… je m’ennuie immédiatement. Mais mortellement.
En quelques secondes, j’ai déjà fait ma liste de courses dans ma tête.
Je me suis rappelé un truc que j’avais oublié de faire.
Je me suis même mis une alarme dans mon téléphone (oui je cours pas très vite donc ça reste faisable)
Je regarde les gens qui courent en discutant tranquillement.
Pardon mais… comment vous faites ?
Comment peut-on courir et en même temps tenir une conversation ?
Moi, au bout de trois foulées, je suis déjà en tête-à-tête avec mes bronches, mon périnée et mes regrets.

J’ai chaud.
J’en peux plus.
Je sens mon visage fondre.
J’ai l’impression très nette de courir depuis au moins huit minutes, peut-être neuf, soyons larges.
Je regarde ma montre…1 minute 47.

Là, franchement, c’est l’angoisse. L’agonie.
Le désespoir en legging.

Alors je me mets à négocier avec moi-même comme une mère épuisée avec un enfant de trois ans :
“Allez, jusqu’au cocotier là-bas. Juste jusqu’au cocotier. Après, on voit.”

Je fixe le cocotier au loin comme si c’était la ligne d’arrivée du marathon de New York. Je cours jusqu’à lui. J’arrive au cocotier.
Et là, forcément, comme j’ai le goût du challenge ou plutôt un sérieux problème d’orgueil mal placé (et que ça fait 4 minutes que j’ai commencé) — je continue.

Mais attention, je continue en m’ennuyant toujours autant.
C’est ça qui me sidère.
Je souffre, j’ai chaud, je manque d’air, mes jambes contestent officiellement la décision… et malgré tout, je m’ennuie.
J’en suis même arrivée à un niveau de distraction tel que je peux presque envoyer des textos en courant.
Pas par performance sportive. Par ennui profond.

Bref, le running, ça se réapprend.
Et moi, clairement, j’en suis au tout début du début.
Au stade où chaque sortie ressemble moins à une séance de sport qu’à une négociation musclée entre mon corps, mon mental et tout ce que j’aurais préféré faire à la place.

Mais bon. J’y retourne.
Parce qu’au fond, dans cette histoire, le vrai exploit, ce n’est pas d’aller vite.
Ce n’est même pas d’aller loin. C’est juste d’y aller.
Avec sa Ventoline, sa gourde, sa playlist, son périnée sous surveillance et son panache un peu bancal.

En somme :
je n’ai pas repris la course à pied.
J’ai repris ma vie en savate, mais version cardio (mais ne me cherchez pas sur Strava LOL)

Journée 1-moi 0 mais on rejoue demain

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Maman lagon et Mini Motu

Je suis Maman lagon et ma vie tourne autour de Mini Motu , mon petit ilôt de 8 ans. Entre tempêtes tropicales et brise lagonaire bienvenue dans mon archipel.

J’élève (avec bcp d’amour et de café) Mini Motu à Tahiti (d’où les parallèles avec les eaux turquoise du fenua que vous comprenez désormais!). Je sais, ça fait rêver les gens sauf que même au paradis une maman Solo jongle entre les devoirs, les poux et l’école qui commence bcp trop tôt. Un agenda trop plein, une mémoire au max de sa capacité et un humour qui me sauve toujours.