Ce matin-là, j’étais déjà en retard. Encore. Comme environ 358 matins sur les 360 derniers. Ma fille m’attendait dans l’entrée, ses baskets à moitié mises, son sac plus grand qu’elle sur le dos, et moi, je tournais en rond dans l’appartement. Je cherchais les clés.
Je cherche, je râle, je grogne, ma fille me demande si on va encore arriver en retard (la réponse est dans la question). Je finis par mettre la main sur la fameuse clé. Victoire de courte durée. J’ouvre la porte-fenêtre. Je vais pour la verrouiller. Et là, je la fais tomber. La clé. Sur le sol. Et moi avec.
Je tombe. Pas physiquement. Pas encore. Mais je m’écroule à l’intérieur. Je me mets à pleurer. Sans prévenir. Comme ça. Des larmes. Plein. Comme si j’avais gardé un robinet ouvert dans la tête depuis des mois et que là, d’un coup, il avait décidé de lâcher.
Ma fille me regarde, silencieuse. Je crois qu’elle a compris. Elle ne bouge pas. Moi non plus. Je suis juste là, par terre, en train de pleurer à cause d’une foutue clé. Mini Motu me dit “maman ça va aller, c’est pas grave” et je crois que ça me fait pleurer encore plus.
Je suis cette femme qu’on pense organisée. Professionnelle. Disponible. Fiable. Celle qui répond aux mails à l’heure, qui n’oublie pas les anniversaires, qui coche les cases. Et souvent, je suis vraiment cette femme-là. Jusqu’à ce que je n’y arrive plus.
Ce jour-là, je n’ai pas pleuré à cause de la clé. J’ai pleuré à cause de tout ce que cette clé représentait : le trop-plein. La fatigue. La solitude. Le mental en surcharge. Le cerveau en roue libre. Le cœur un peu vide. Le besoin de toujours assurer. Tout. Tout le temps. Pour tout le monde.
Parce qu’être une maman solo, c’est ne jamais abandonner. Pas de back-up. Pas de “tu peux gérer les devoirs pendant que je respire deux minutes”. Pas de “je dors pendant que tu conduis”. Juste… moi. Toujours.
Ce n’est pas du burn-out. Ou peut-être que si.
Je ne suis pas médecin. Mais j’ai compris ce jour-là que mon corps, lui, avait décidé de me poser stop. Un “ça suffit maintenant”, crié à travers des sanglots qui n’avaient pas de mots.
Et pourtant, je me suis relevée. J’ai pris une grande inspiration, j’ai rassuré ma fille. J’ai fermé la porte. Et on est parties. Très en retard. Encore. Mais debout.
Pas de happy end, mais un petit pas
Je n’ai pas trouvé la solution. Je n’ai pas changé de vie, de boulot, ou de système. Je n’ai pas loué une maison en Ardèche pour faire le point et je ne suis pas partie élever des rori aux Tuamotu (oui seuls les Polynésiens auront la référence désolée mais vous aviez l’idée de l’Ardèche, eux non!)
Mais j’ai compris que je ne pouvais plus faire semblant. Que parfois, pleurer à cause d’une clé, c’est le seul moyen qu’a notre corps de nous dire qu’on est allées trop loin. Et que ce n’est pas une faiblesse. C’est un message. Un grand “eh ho, y’a plus de batterie là-dedans”.
Alors j’écris cette chronique pour celle qui pleure dans sa voiture après avoir déposé les enfants. Pour celle qui répond aux e-mails à minuit parce que c’est le seul moment calme. Pour celle qui tient bon, toujours, jusqu’à ce qu’elle n’y arrive plus.
Vous n’êtes pas seules. Et non, ce n’est pas “juste une mauvaise journée”. C’est parfois un trop-plein. Et c’est légitime de ne pas aller bien.
Et puis…
le monde ne s’écroulera pas si vous arrivez en retard.
Votre enfant ne sera pas traumatisé si vous oubliez le jour de la photo de classe.
Et personne ne vous enverra les services sociaux parce que vous avez acheté des sushis trois soirs d’affilée.
La perfection est un mythe, et l’équilibre, une fiction.
Mais on avance. En souriant. Parfois en pleurant. Souvent en improvisant.
« Journée 1-moi 0 mais on rejoue demain »


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